L’enfant en société

Ecrire à l’auteur : aa.duriot@orange.fr

Tenir en public

De nombreux parents m’ont interpellé sur leur difficulté à tenir en public les modalités éducatives installées à la maison. Quand ils décident de reprendre la main sur un enfant devenu tyrannique, les habitudes prises au supermarché par exemple, perdurent encore un moment. Les parents se sentent envahis, en cas de crise démonstrative de leur enfant au rayon des bonbons, d’une vague culpabilité à l’idée de refuser en public un paquet de fraises Tagada à leur petit. Il y a les autres clients qui vous regardent sévèrement, comme des parents indignes, parfois même une grand-mère qui se propose d’acheter le paquet à votre enfant si toutefois c’était une question de moyens. La mode n’est pas à la frustration des enfants. Cette mode est d’ailleurs savamment distillée dans les médias. Tous sont largement subventionnés par la publicité. Ceci explique cela. Tout est fait pour vous convaincre que vous n’êtes pas de bons parents si vous ne comblez pas, par les biens matériels demandés, les désirs de vos enfants. D’un point de vue commercial, la famille recomposée avec des enfants tyranniques capables de faire acheter n’importe quoi à leurs parents est une bonne affaire, nous l’avons déjà évoqué. Des parents vont même dépenser toujours plus pour s’adjuger les faveurs du petit qui préfèrera aller chez l’un ou chez l’autre parce qu’il y aura plus de cadeaux et moins de contraintes, pensent-on parfois. Le monde commercial, via la presse, a donc tout intérêt à généraliser l’apologie de la famille recomposée et de l’enfant roi. Un enfant bien élevé dans un couple de parents ayant autorité consommera infiniment moins qu’un petit monstre.

 

Tenez bon. Il n’y a aucune culpabilité à choisir, pour les repas de son enfant, des menus équilibrés, des doses de bonbons raisonnables et pour les loisirs, des joujoux électroniques adaptés à son âge. Même sous les regards sévères. De même, il n’y a aucune culpabilité, l’été par exemple, à coucher son enfant à une heure raisonnable quand il vous fait remarquer que les enfants des voisins traînent toujours au milieu du lotissement. Les plus nombreux ou les plus visibles ne sont pas forcément dans le vrai. C’est à vous de décider de la vie et des principes que vous souhaitez pour vos enfants, à vous de décider de l’état de fatigue dans lequel il sera le lendemain matin, à vous de lui donner la préparation que vous souhaitez pour les soixante-cinq ans de vie qu’il aura après son enfance au sein de votre foyer. L’enjeu est de taille. Il est envisageable, pendant une période d’évolution éducative, de limiter les sorties en public et de les distiller à petites doses une fois le plus fort des affrontements passé.

 

L’autonomie

Voilà un grand mot, entendu maintes fois mais dont les facettes multiples déroutent souvent tant les parents que l’enfant, sachant qu’au final, cette autonomie revêt un caractère obligatoire pour l’émancipation. Mais l’autonomie ne se décrète pas de la part des parents : « Maintenant, tu es grand, tu es au collège, tu dois être autonome. » Elle ne se matérialise pas, avec l’achat d’un téléphone portable ou d’un scooter : « Comme ça, tu seras autonome. » Et l’enfant ne peut pas y accéder par sa simple volonté. L’autonomie s’apprend et elle s’apprend très tôt. Elle est un cadre général : on ne peut pas apprendre l’autonomie pour certaines choses et pas pour d’autres. Elle se traduit forcément, chez les parents, par le sentiment que leur enfant leur échappe, ce qui n’est pas toujours facile à vivre, d’autant moins que ce sont eux qui vont apprendre l’autonomie à leur enfant, lui donner les armes pour mieux qu’il les quitte : tout un paradoxe.

L’autonomie vient en faisant avec l’adulte qui explique ce qu’il fait et comment il faut le faire. Puis, toujours avec l’adulte qui regarde faire l’enfant en s’éloignant de plus en plus de lui, jusqu’à finalement laisser l’enfant faire seul et revenir, avec lui, analyser le résultat obtenu. Chez les enseignants, nous appelons cela la ZPD, la Zone Proximale de Développement dans laquelle l’enfant réalise avec l’adulte ce qu’il ne peut faire seul mais qui est tout de même à sa portée avec un peu d’aide. Cette zone est limitée vers le haut par ce qui est trop compliqué, même avec l’aide d’un adulte. Le travail dans cette zone se révèle être à la fois celui de l’apprentissage et celui de la construction de l’autonomie. Une réalisation dans cette zone va devenir rapidement une réalisation à portée de l’enfant seul.

Tout cela prend du temps et démarre des dès les premiers âges avec tout ce que l’enfant sera susceptible de réaliser seul. L’autonomie doit être assortie d’une confiance de la part de l’adulte : faire sentir à l’enfant qu’on le croit capable de refaire seul ce qu’il a appris avec nous. Assorti également d’une tolérance : rien ne sert de laisser l’enfant faire seul sans une certaine patience face à un résultat pas toujours à la hauteur des attentes.

Il faut au final, arriver à ce que l’enfant, grâce aux armes fournies pour se débrouiller seul, arrive à mettre en batterie plusieurs capacités apprises pour solutionner un nouveau problème sans faire appel à l’adulte à l’origine de la plupart de ses aptitudes à l’autonomie. Il faut parfois aussi, accepter de voir peiner son enfant tout en se gardant d’intervenir ou d’intervenir trop vite, ce qui n’est pas facile.

La séparation

La séparation touche à notre époque de très nombreux couples, entendez par séparation, la fin du couple et pas seulement le divorce, de nombreux enfants naissant hors mariage. Jamais facile pour les adultes, au mieux cette séparation se fait de manière amiable, au pire de manière très conflictuelle. Je ne généraliserai pas ce paragraphe aux séparations dramatiques, avec des aspects de maltraitance ou des modalités relevant du droit pénal, ce sont des cas extrêmes. Dans la majorité des séparations, les parents expliquent d’un commun accord qu’ils souhaitent que les enfants ne souffrent pas, vœu bien légitime. Mais quoi qu’il arrive, ils souffrent, on peut seulement envisager de limiter la souffrance. À l’école, cela se traduit souvent par une baisse des notes, un désinvestissement, quand l’enfant est grand, en cycle 3, avant un rééquilibrage dans une autre posture ou même un retour à la normale si la nouvelle vie reprend une forme de stabilité. De nombreux couples ont, en ces occasions, recours à un thérapeute familial. Pour les enfants plus petits, l’affaire est différente et revêt plusieurs aspects. L’enfant pense souvent qu’il est à l’origine de l’événement, qu’il a lui-même provoqué la séparation de ses parents, d’autant que la venue de l’enfant et son éducation sont souvent à l’origine de disputes qui tournent au vinaigre. Il a tendance également à penser que le parent qui s’en va ne l’aime plus, lui et que la séparation, le divorce, s’applique aussi à lui. Il va importer de le déconnecter de cette affaire, de lui expliquer que papa et maman se séparent parce qu’ils ne s’aiment plus, mais qu’on ne divorce pas de ses enfants, que le lien de filiation est inaltérable et ne se casse que par la mort.

Il va falloir également mettre en place une nouvelle vie qui va s’équilibrer généralement entre père et mère, avec des modalités fixées par la justice : garde alternée ou un week-end tous les quinze jours, avec le partage des vacances scolaires. Quelle que soit l’organisation, il faudra qu’elle revête une forme de régularité pour que l’enfant puisse trouver de nouveaux repères. L’incertitude du lendemain préoccupe au premier chef nos enfants qui ont besoin de sécurité affective. L’enfant doit savoir quand il va chez l’un ou chez l’autre, connaître les modalités de son transfert et autant que possible trouver là où il va des repères bien à lui : sa chambre par exemple.

Les parents tenteront d’éviter, en présence de l’enfant, ou au téléphone quand il est susceptible de les écouter, les conflits liés aux choses matérielles : qui achète quoi, qui paye le coiffeur ou l’inscription au club de sport. À l’opposé des conflits, trop de connivence entre les ex-compagnons, trop de bonne entente, l’ex-conjoint qui revient fréquemment à la maison, induisent une incompréhension chez l’enfant : « S’ils sont si copains, pourquoi se sont-ils séparés ? » Mais il ne faut pas se leurrer, chez un enfant jeune, d’âge maternel, la compréhension de l’histoire d’amour finie de ses parents est difficile à intégrer et il souhaite de toutes ses forces retrouver ensemble, autour de lui, son papa et sa maman.

Pourtant, toutes les séparations ne sont pas de mauvaises affaires pour les enfants et certains peuvent y trouver de bons comptes qui à la longue peuvent se révéler plus destructeurs que le divorce lui-même. Il en est de ces enfants qui intègrent le lit du parent devenu isolé (voir chapitre « Dormir avec maman »), ou de ces enfants qui, suite à la séparation, voient les règles et les cadres tomber au motif que, « il est déjà suffisamment traumatisé par le divorce, on ne va pas lui imposer en plus des contraintes. » C’est une idée fausse largement répandue. Un divorce consenti par deux adultes parents n’a pas d’effets traumatisants. Il est désagréable et demande à tous un effort d’adaptation à la vie pas toujours facile à fournir. Chaque parent resté seul doit assumer les deux rôles, de père et de mère, quand il a l’enfant, jusqu’à ce qu’un nouvel adulte vienne rejoindre l’un des parents séparés, ce qui est très souvent le cas. Il ne faut pas tomber dans le rôle du moins disant en matière de contrainte qui, pense-t-on, assurera les faveurs de l’enfant ou même assortir ce rôle d’une profusion de bien matériels destinés à séduire son propre enfant.

Le petit peut alors trouver la séparation assez agréable pour lui, en termes de bénéfice immédiat. Il va même souvent prendre une place de conjoint symbolique qui va interdire à l’adulte de refaire sa vie avec un autre adulte. L’enfant placé dans ce cas de figure va œuvrer en permanence pour repousser les prétendants et se poser non plus en enfant tentant d’accepter un beau-père ou une belle-mère mais en concurrent direct et souvent brutal du nouvel amoureux. Cette posture, très fréquente entre une mère et son garçon, est évidemment destructrice pour l’enfant puisqu’elle va le placer dans un rôle qui n’est pas le sien, un rôle de grand qu’il n’est pas encore et qu’il ne deviendra pas, tant la confusion va s’installer. À la longue, l’adulte privilégié sera toujours le plus droit, le plus fiable, celui qui saura rester en position de parent cadrant, rigoureux, distancié, mais bienveillant, patient et sachant placer sa confiance dans l’enfant qui grandit. Souvenons-nous que l’enfant ne grandit bien que si les adultes qui l’entourent et à qui il va forcément ressembler, lui apparaissent suffisamment solides. Grandir pour devenir un adulte à problème, manipulé par un enfant et à son service, n’est jamais un avenir encourageant pour un petit.

Les jeux vidéo

Tous les enfants adorent y jouer, tous ont une ou plusieurs consoles de jeux à la maison, souvent, même les enfants de parents démunis et c’est une bonne chose que ces jeux soient accessibles à tous via un marché de l’occasion et des échanges de jeux entre enfants. N’oublions pas tout de même que le jeu vidéo n’est pas l’apanage des enfants mais qu’en quelques années, le jeu sur console est devenu le loisir numéro un des adultes, des jeunes adultes tout particulièrement. Pour ce qui est des enfants, les scientifiques et spécialistes s’étant penchés sur la question, les effets du jeu vidéo sont multiples et pas tous néfastes. On passe d’un risque accru, par rapport à la normale, de sensibilité à des crises d’épilepsie, à la perte de repère dans le monde réel. Mais également, on évoque une amélioration de la vitesse et des capacités d’initiative et des gestes fins des doigts… Certes. Mais il m’a été donné de voir des enfants, joueurs à haute dose, dont les pouces continuaient à jouer par réflexe, en l’absence de toute manette, évidemment. Les jeux vidéo sont comme certains aspects des programmes de télévision, à contractualiser, à médiatiser et à surveiller. Contractualiser pour limiter le temps pendant lequel l’enfant va jouer. Il est important de surveiller non pas le temps que l’enfant joue mais le temps complet qu’il passe devant un écran, en comptabilisant la télévision, les jeux, le travail sur ordinateur, les consoles portables… on arrive parfois à un total ahurissant ! Ce temps passé devant les écrans est globalement un temps passivité, où l’enfant est totalement capté et absent. De plus, il ne bouge pas alors que le mouvement est doublement important, pour le développement de son corps mais également pour son expérimentation de l’environnement. Médiatiser : c’est-à-dire bien expliquer à l’enfant que ce qui se passe dans le jeu n’est pas transposable à la réalité et ne peut même exister dans la réalité. Surveiller enfin, que votre enfant ne joue pas à des jeux sans rapport avec son âge. Il est fréquent que les adolescents refilent sous le manteau à des plus petits des versions « crackées » de jeux hyper-violents. L’enfant va facilement vous dire, au moment défini pour éteindre, qu’il ne peut pas sinon il perd le bénéfice de son avance : ce n’est pas vrai. On peut sauvegarder son jeu à n’importe quel moment et le reprendre là où on l’a laissé. Il n’y a donc aucune excuse pour ne pas respecter le contrat passé.

Pour ce qui concerne mon approche de ces jeux avec les enfants, en séance, le constat est que leur pratique souffre du manque de séparation entre le monde du jeu et le monde réel. Ce ne serait pas trop grave si cet éloignement d’avec le sens des réalités ne prenait pas un tour cumulatif. En effet, les jeunes enfants bénéficient en général d’un aménagement particulier de la part des adultes qui « détoxiquent » le réel. Il faut comprendre que nous avons tous naturellement tendance à amortir, avec la fonction parentale, les effets négatifs de la réalité de la vie sur nos enfants. La télévision distille également une série de programmes pour enfants ou le sens des réalités est peu présent. Et puis viennent les jeux vidéo n’ayant que peu de rapport avec la réalité. En additionnant le tout, on arrive à ce que nos enfants soient assez peu au contact d’une réalité qu’ils sont pourtant sensés apprendre à évaluer et à gérer : trop c’est trop. À chaque famille de prendre conscience de ce processus et de maintenir, pour ses enfants, une confrontation suffisante pour qu’ils restent en rapport avec le monde réel à des fins de maturation.


La télévision

On parle souvent de la télévision en termes de temps passé par jour et par enfant dans les différents pays développés de la planète. Ce temps n’a cessé d’augmenter jusqu’à atteindre un nombre d’heures situé en France entre trois et quatre et ce, sans compter le temps passé devant les autres écrans du domicile. D’autres études ont montré que la passivité intellectuelle engendrée par la posture statique devant le poste ne permet pas suffisamment les connexions neuronales qui président au développement de l’intelligence. En tant que rééducateur, un troisième paramètre, dont on parle moins, m’a souvent interpellé. Que retient l’enfant de ce qu’il voit ? Pas la même chose qu’un adulte, loin s’en faut, tant il n’a pas les mêmes capacités de distanciation et d’analyse d’un adulte. L’enfant n’a pas l’expérience de la vie requise pour sérier les fictions et les réalités montrées à la télévision, ne peut pas comprendre que le journal télévisé relate des événements de la vie réelle tandis que les téléfilms sont joués par des acteurs. Vers quatre ans, à l’âge où commence à se jouer la négociation de l’idée de la mortalité chez l’enfant, j’ai souvent eu à travailler avec des enfants qui pensaient que les morts à la télévision étaient des morts pour de vrai. Chez un petit garçon, cette idée, poussée à son paroxysme, lui donnait à penser qu’au vu du nombre de morts comptés à la télévision, cette mort pouvait frapper n’importe qui à n’importe quel moment. Et ce petit garçon, très inhibé, ne parlant que très peu, ne travaillant pas du tout, vivait avec l’idée qu’à son retour de l’école, ses parents seraient morts. Cas extrême certes mais il souligne la nécessité, très tôt, pour l’adulte, de médiatiser les images vues à la télévision, de mettre des mots sur ce qui se passe sur le petit écran. Il faut différencier le journal télévisé des fictions, les témoins de faits divers des acteurs, la violence des séries policières ou de guerre de la violence des reportages de guerre et ainsi de suite. À cette seule condition, l’enfant va pouvoir tirer profit de cette télévision qui, correctement utilisée, est également une source d’enseignement.

Concernant le temps passé devant le petit d’écran, il importe de négocier à la fois la fréquence et le moment de télévision, même si bien sûr, il ne faut pas imposer systématiquement le programme. À ce titre, la présence d’une télévision dans la chambre de l’enfant, en libre accès, n’est pas une bonne chose chez un enfant jeune, d’autant qu’un enfant actif, tourné vers l’extérieur, sportif, n’est pas forcément enclin à se caler des heures par jour devant la télé. Chaque parent va fixer la barre en fonction de son ressenti mais une fois les règles établies, elles devront faire l’objet d’une rigueur minimale si les adultes veulent rester crédibles. Et surtout, il faudra prendre le temps de regarder certaines émissions avec les enfants. Elles vont lui permettre de l’amener à découvrir des programmes qui vont lui plaire mais qu’il n’aurait pas eu la tentation d’aller voir seul : un beau documentaire sur les créatures de la mer par exemple. Ce temps commun de télévision sera également l’occasion d’un échange sur ce qui aura été vu, retenu et comme toujours, vivre un moment de conversation adulte-enfant est irremplaçable pour donner envie de grandir.

Le statut de l’enfant


Les enfants d’aujourd’hui bénéficient le plus souvent, dès le premier âge, d’un statut central au sein de la famille proche et de la famille élargie aux grands-parents, oncles et tantes… C’est le fameux concept d’enfant-roi développé à la fin du XXIème siècle, toujours d’actualité, dont on ne mesure bien souvent que le côté anecdotique sans en entrevoir le côté destructeur. Cet enfant, parfois premier d’une génération au sein de la famille, est attendu, fantasmé, de manière très normale. Quoi de plus naturel que des parents idéalisent un enfant alors que le ventre de la maman s’arrondit. Mais quand l’enfant paraît, il perd souvent rapidement sa place d’enfant pour devenir un objet d’amour autour de qui la vie et l’énergie du couple vont se centrer, souvent pour plusieurs années. Le couple bascule alors, entame une autre forme de relation et de positionnement des uns par rapport aux autres. Bien souvent, la maman va se coller à son enfant et demander au papa de faire le maximum pour que l’enfant soit bien, entendez, qu’il ne manque de rien, qu’il n’éprouve ni contrariété, ni déplaisir : n’est-ce pas à cette condition qu’ils seront de bons parents ?

Winnicott, dans sa théorie, développe le concept de mère suffisamment bonne. Mais l’époque magnifie les mères trop bonnes et les pères, dans ce contexte adoptent plusieurs formes d’attitudes. Cette mère a dorénavant deux rôles, mère et épouse, mais le second va s’effacer très souvent au profit du premier, fort logiquement quand l’enfant est encore un bébé. Le papa également va mettre, durant cette première période, son rôle d’amant en veilleuse. Mais le couple tarde bien souvent à se reformer. Les raisons de ces retours manqués sont obscures. La maman repousse parfois ce papa, tiers séparateur malvenu, qui va rompre le bonheur inextinguible vécu par la mère dans son contact avec le bébé.

L’homme, en tant que séparateur n’a plus vraiment la cote. Le mâle synonyme de contraintes et de frustrations n’est plus à la mode. Depuis quelques décennies, il est « interdit d’interdire » et le rôle du père qui édicte la règle au foyer ne s’entend plus comme du temps où il était le seul à travailler et à ramener la subsistance de la famille. Soit, il est normal que la règle ne soit plus le fait du seul père et que la discipline ne dépende plus seulement de son autorité, parfois tyrannique. Mais que cette règle indispensable à la construction de l’enfant devienne alors le fruit d’ententes et de concertations entre les parents et que le père garde un « rôle de père », c’est-à-dire de garant des règles qui régissent la vie du foyer.

La règle devient souvent floue, impalpable, est bien souvent l’objet d’âpres discussions entre père et mère, devant l’enfant. Elle génère l’essentiel des tensions dans le couple, m’expliquent souvent des parents et finit régulièrement par provoquer les ruptures de vie commune. La règle peut changer quand les grands-parents débarquent à la maison, s’assouplir quand les amis sont à l’apéritif, quand on est en vacances… et l’enfant, avec le temps et ses capacités de compréhension qui s’affinent, use naturellement de ces événements de nature à lui permettre de discuter les règles d’un foyer qui fonctionne le plus souvent de manière à combler le plus rapidement et le plus complètement le moindre de ses désirs.

Il importe pourtant que la règle soit immuable, quel que soit l’adulte qui la dicte et qu’elle évolue en fonction de l’âge de l’enfant. Quelle envie pourrait avoir l’enfant de devenir adulte, de grandir, s’il acquiert la certitude qu’en tant qu’enfant, il arrive à manipuler les adultes et les règles à son profit ?

 

Le conflit de trahison


Très fréquent chez les jeunes enfants, entre les premières années de maternelle et le primaire, il interdit à l’élève d’apprendre ou de participer à la vie de la classe. Il peut prendre plusieurs formes. On le rencontre avec des enfants issus d’autres cultures et pour eux, le fait d’appendre une langue que la mère ne parle pas relève de la trahison. L’enfant peut refuser de parler à l’école, d’écrire, de jouer, se murer dans le silence. Il faut alors un long travail pour faire comprendre à l’enfant que parler la langue de l’école n’est pas trahir la langue de la maison. Si l’enfant entend ses père et mère parler le français, s’il s’entend dire que ses parents sont fiers qu’il apprenne le français et qu’il s’intègre à l’école, s’il voit que ses parents s’intéressent à son travail et à ses résultats, alors le conflit pourra être surmonté. Mais il peut prendre d’autres formes. Un enfant, cadet d’un aîné atteint de handicap, peut s’appliquer à ne pas dépasser son aîné en performance et ainsi refuser d’apprendre. Un enfant peut encore ne pas vouloir faire mieux que ses parents qu’il sait avoir été de piètres élèves. D’autant qu’il peut entendre des discours du genre : « L’école, ça ne sert à rien : regarde-moi, je n’y suis pas allé et je m’en sors dans la vie. »

Mais le conflit de trahison peut aller beaucoup plus loin. J’ai travaillé avec un enfant qui boitait par imitation de ses deux parents atteints d’infirmités aux jambes alors que lui n’avait pas de tels soucis.

Il importe de faire comprendre à l’enfant qu’il a un destin personnel et qu’il entende dire que personne ne va lui reprocher ses apprentissages, soit à la maison mais le plus souvent lors de rencontres avec un tiers, car l’enfant pense souvent que ses parents ne lui disent les choses que pour lui faire plaisir et ressent un besoin permanent de recouper les paroles des adultes.

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